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Bazille, un vrai sujet

Bazille, un vrai sujet

Publié le mercredi 12 octobre 2016

L’exposition « Frédéric Bazille et la jeunesse de l’impressionnisme » attire toujours un public nombreux, comme les collaborateurs de Midi-Pyrénées Patrimoine l’ont constaté ce jour.  ll ne reste que quelques jours pour découvrir Bazille qui mort trop jeune pour connaître le succès de l’impressionnisme a travaillé avec Monet, Renoir et Sisley. Qu’ont-ils inventé en commun avant 1870 ? Confrontations passionnantes et relecture des tableaux de jeunesse

[Présentation publiée dans Midi-Pyrénées Patrimoine, n° 46, p. 12-13] Il existe des expositions qui fonctionnent comme des blockbusters au cinéma : il suffit d’utiliser un nom, Dalí, ou un adjectif, impressionniste, pour être sûr de gérer une billetterie confortable. La Normandie « impressionniste » s’en fait une spécialité. Ces réunions de belles toiles n’apportent qu’un beau spectacle. Ce n’est pas le cas du musée Fabre qui présente cet été « Frédéric Bazille et la jeunesse de l’impressionnisme » : il s’agit d’un vrai sujet, esquissé pour la première fois à Chicago en 1978. L’exposition offre, dans des dimensions très convenables (120 œuvres), une confrontation de Bazille et de ses contemporains. Le fonds du musée Fabre est relayé par ceux du musée d’Orsay et de la National Gallery de Washington, musées où l’exposition ira ensuite. Du beau travail international en région !

L’exposition traite un sujet d’histoire de l’art. Comment peut-il exister avant 1874 un mouvement, l’impressionnisme, qui ne sera reconnu qu’avec la première exposition de groupe chez Nadar ? Et en quoi est-il distinct du réalisme clair qui triomphe dans la décennie 1860 ? Il n’est donc pas vain de convoquer Delacroix, Corot, Courbet, la génération des pères. Bazille a connu les œuvres de Delacroix et Courbet grâce à la collection Bruyas à Montpellier. Viennent ensuite les contemporains et surtout les amis de Bazille : Manet, Monet, Renoir, Sisley, mais aussi le premier Cézanne, et Puvis de Chavannes qui se cherche dans le décor mural. Passé la période paysanne et sombre du réalisme (le début des années 1850), la nouvelle peinture s’ouvre à la vie élégante et contemporaine et à la luminosité. Même Courbet séduit avec des nus aguicheurs et des toiles blondes. Manet exprime la nouvelle modernité avec La Musique aux Tuileries. Monet transcrit des paysages de forêt ou de bord de mer avant de se colleter avec un problème pictural, celui de la figure dans un paysage.

C’est dans ce contexte que Bazille, né en 1841, arrive à la peinture. Sa famille le destine à la médecine mais, installé à Paris en 1862, il peut déserter les amphithéâtres de l’école de médecine pour apprendre à peindre dans l’atelier de Charles Gleyre, artiste éclectique. C’est là qu’il fait la connaissance de Monet, de Renoir, de Sisley qui ont le même âge que lui ; mais il se retrouve très vite sous l’ascendant de Manet. Bazille appartenant à la bourgeoisie fortunée de Montpellier dispose d’une pension (350 francs par mois) supérieure au traitement d’un professeur de lycée. Il peut ainsi acheter à Monet, en crise avec sa famille, le tableau Femmes au jardin 2 500 francs payables par mensualités, un peu plus que ce qu’offre l’État pour une toile de ce format. Et il héberge souvent dans son atelier Monet ou Renoir. Qu’on ne voie pas en Bazille un amateur fortuné. Il veut être artiste. Si son catalogue ne compte qu’une cinquantaine de numéros, c’est qu’il s’engage lors de la guerre franco-prussienne et est tué à Beaune-la-Rolande le 28 novembre 1870.

Une vie courte. Des thèmes en nombre limité : portraits (dont celui de l’amateur Edmond Maître), paysages (Les Remparts d’Aigues-Mortes), natures mortes (Le Héron, fleurs dans Négresse et pivoines), ateliers (célébration de la peinture et de l’amitié), des silhouettes contemporaines (Chanteuse de rue), des nus féminins (La Toilette). Mais surtout il se confronte comme Monet à l’inscription de figures dans un paysage. La Robe rose, la Vue de village offrent de belles jeunes filles du Midi ; le Pêcheur à l’épervier et Scène d’été des nus masculins ; La Réunion de famille et La Terrasse de Méric les portraits collectifs de parents proches dans la lumière méridionale, ou plutôt dans une ombre calculée.

Si l’on rapproche les toiles de Bazille, le plus souvent exquises, de celles de ses contemporains, on ne comprend pas pourquoi elles ne figurent pas parmi les icônes de l’impressionnisme. Sans doute faut-il incriminer sa mort héroïque à 29 ans et lui faire reproche de ne pas avoir participé à la campagne d’été de Monet et Renoir à la Grenouillère durant l’été 1869 ; leurs esquisses, de facture véhémente avec de forts contrastes, réalisent la synthèse couleur / lumière / touche qui fera le triomphe de l’impressionnisme, de son écriture et de sa vision. Techniquement, l’impressionnisme existe bien en 1869. Nombre de détails chez Bazille n’en sont pas éloignés. Mais l’artiste reste fidèle à une conception classique de la composition et de la ligne ; son Ruth et Booz le montre nostalgique du légendaire historique. Pour autant, que l’on regarde les deux Hérons réalisés en même temps par Sisley et Bazille, la toile de Renoir Bazille peignant « Le Héron », symphonie de gris subtils à la manière de Manet (avec une citation de Monet : le paysage de neige accroché sur le mur du fond), on voit bien une unité de l’œil et du pinceau qui emporte l’adhésion. Il faut redonner à Bazille sa pleine place dans ces années décisives et le regarder comme Zola le voit dans son Salon de 1868. Dans l’article « Les actualistes », Zola célèbre une marine de Monet, une figure de Renoir et analyse La Réunion de famille de Bazille. Il est des contemporains qui savent voir.

 

« Frédéric Bazille et la jeunesse de l’impressionnisme », jusqu’au 16 octobre, musée Fabre, 39, bd Bonne-Nouvelle, Montpellier (34).

04 67 14 83 00

http://museefabre.montpellier3m.fr