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L’entrée du baron de Saint-Élix au musée des Augustins

18 juillet 2018 |  

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Jean-Charles Ledesmé, Baron de Saint-Élix, sculpture de François Lucas, est désormais en place dans l’église du musée des Augustins Cette œuvre a été acquise notamment grâce au mécénat (25 % du financement). Les donateurs sont au nombre de 136 dont le Lions Club Toulouse Pyrénées Doyen, la Commune de Saint-Élix et la Société Sogem. 

 

 

Description de l’œuvre et de l’artiste (source musée des Augustins).

Jean-Charles Ledesmé, Baron de Saint-Élix , de François Lucas (1762)

Prenant la pose avec élégance et sans affectation, Jean Charles Ledesmé baron de Saint Élix est représenté en costume militaire, tenant à la main son épée (disparue) et son chapeau.

La technique de la terre cuite, toujours très difficile à maîtriser pour des sculptures de cette taille, a imposé une découpe en plusieurs pièces qui ont ensuite été remontées après cuisson. La tête, les bras, deux éléments pour le buste et deux pour les jambes ont ainsi été jointoyés. Selon un procédé très fréquent dans la région, la terre cuite a été peinte en blanc, sans doute afin d'imiter le marbre. Des traces de cette peinture blanche subsistent sur l'ensemble de la surface et en particulier sur la culotte travaillée avec un ébauchoir à dents. L'emplacement d'origine de la statue du baron peut être restitué grâce à une photographie de Lassalle antérieure à 1925. Celle-ci nous montre la figure en pied, placée sur un très haut piédestal dans une niche de l'orangerie du château de Saint-Élix (Haute-Garonne), d'où le nom familier qui lui était donné : Le Jardinier. Le texte gravé sur le socle est le même que celui inscrit sur le parchemin placé au côté gauche du baron. Cette inscription nous renseigne sur les titres du baron de Saint-Élix, militaire auteur d'un ouvrage sur la Guerre de Sept ans (1756-1763) et chevalier de l'ordre de Saint-Louis. 

Quelques dessins et photographies anciennes témoignent du château de Saint-Élix au temps de sa splendeur. Situé en Comminges, à 50 km au sud-ouest de Toulouse, il a été bâti entre 1541 et 1546 par l'architecte toulousain Laurent Clary pour Pierre Potier de la Terrasse, originaire de Touraine semble-t-il, secrétaire et notaire de François Ier, puis receveur des gages du Parlement de Toulouse. L'orangerie fut édifiée plus tard, en même temps que les écuries, à la demande du baron.

Grand bibliophile et amateur d'art, le baron fit l'objet de plusieurs portraits par des artistes liés aux Orléans. Sur ses terres commingeoises, il fit preuve d'une grande fidélité envers Lucas qui accompagna l'aménagement et l'ornementation du domaine durant toute sa vie d'artiste, de 1762 à la mort du baron en 1806. Leurs relations semblent avoir été très cordiales puisque Lucas avait installé son atelier au château, où il disposait également d'une chambre. Il y avait aussi fait construire un four pour la cuisson de ses terres cuites, afin d'éviter de dangereux transports. En pleine période révolutionnaire, Lucas n'hésita pas à intervenir pour son noble commanditaire alors que le château subissait quelques dégradations. En 1801, Lucas exécuta un nouveau portrait du baron, gravé en 1802 par Mercadier (conservé au musée du Vieux-Toulouse), 40 ans après son premier portrait en pied.

La statue du baron ne fut apparemment pas vendue en même temps que le mobilier et certaines sculptures du château, lors d'un changement de propriétaire, en 1926. Elle semble avoir disparu de l'orangerie un peu plus tard, entre 1926 et 1928. Réquisitionnée pour accueillir une école de préparation militaire pendant la guerre, la propriété fut saccagée. Plusieurs personnages mythologiques et de nombreux sujets animaliers disparurent tant dans le parc qu'à l'intérieur du château. En 1945, un incendie conduisit à l'abandon du château qui fut de nouveau pillé sans égard. Le bâtiment n'a été restauré qu'à partir des années 1980. Il ne reste que peu d'oeuvres de ce somptueux décor où Lucas pris la plus large part. Une fontaine en marbre et quelques fragments épars dans le parc sont à peu près tout ce qu'il reste de la belle collaboration entre Lucas et son mécène éclairé Jean-Charles Ledesmé. Le musée des Augustins conserve déjà de ce domaine un modèle en terre cuite pour l'un des lions. D'autres terres cuites de Lucas appartenant au musée et provenant de diverses propriétés locales sont fragmentaires et altérées. Aucune ne possède la qualité et l'intérêt du portrait en pied du baron de Saint-Élix.

Ce portrait du baron de Saint-Élix est un témoignage exceptionnel d'un décor presque réduit à néant. Les grandes statues en terre cuite si nombreuses au XVIIIe siècle dans les riches jardins toulousains ont pour la plupart été détruites. Les oeuvres restées en place sont souvent en très mauvais état, en raison de leur exposition prolongée aux intempéries. Protégée par la niche de l'orangerie, la statue de Saint-Élix est bien conservée.

L'artiste François Lucas

Fils du sculpteur Pierre et frère du peintre Jean-Paul qui fut l'un des fondateurs du musée des Augustins, François Lucas fut sans aucun doute le sculpteur toulousain le plus important de la seconde moitié du XVIIIe siècle. Très cultivé, il était aussi féru d'antiquités après un voyage très formateur à Rome et collectionneur. Membre de l'académie royale de Toulouse, il y fut également un enseignant apprécié, formant la plupart des sculpteurs de la génération suivante, tels que Bernard Lange ou Jean-Pierre Vigan, qui exécuta également un portrait en pied du baron de Saint-Élix.

Son oeuvre la plus monumentale reste le décor de l’embouchure du Canal des DeuxMers à Toulouse, commandé par les États du Languedoc en 1771. Il s’adonna à tous les genres — religieux, funéraire ou mythologique —, au portrait, répondant aux nombreuses commandes de décors permanents ou éphémères sollicitées par les académies, les capitouls ou les États du Languedoc, sans oublier les nombreux petits formats destinés à la clientèle privée. Il collabora également à l’ornementation de nombreuses propriétés de la région, à Saint-Élix bien sûr, mais aussi à Orbessan ou à Salleveuve dans le Gers.

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