Bourdelle et Rodin, une aventure
Musée Ingres-Bourdelle, 19, rue de l’Hôtel-de-Ville, Montauban, Tarn-et-Garonne | Exposition
Saluée par la presse comme une très grande exposition, la confrontation Rodin-Bourdelle, montrée à Paris et à Roubaix, est arrivée à Montauban. Elle est passionnante de bout en bout. Bourdelle, de vingt ans le cadet de Rodin, fut un moment son tailleur de marbres (pour une quinzaine d'œuvres) et subit de ce fait l'extraordinaire ascendant du maître. Pour autant, il ne fut ni son élève ni son disciple. Leur dialogue resta constant, marqué par des échanges de courriers, de dessins, de photographies, de sculptures, Bourdelle écrivant des articles sur Rodin.
Organisée thématiquement, l'exposition commence de manière spectaculaire par le rapprochement de deux Adam, celui de Rodin, en 1881, pour accompagner la Porte de l'Enfer de Bourdelle, en 1889, deux figures inspirées par Michel-Ange. Les difficultés du praticien Bourdelle pour exécuter des sculptures de Rodin précèdent le moment le plus rodinien du travail du Montalbanais : la figure finie, polie, se dégageant de la gangue de pierre laissée brute, bien que marquée par les outils. Sont confrontés ensuite des éléments comme le torse, le socle, la main (d'une expressivité inouïe) et le masque. On découvre, peu connus, des masques en pâte de verre commandés par les sculpteurs pour accentuer l'aspect hypnotique des visages.
On verra avec beaucoup d'intérêt les différences entre les deux artistes à propos du monument et de la relation entre sculpture et architecture, Bourdelle se révélant meilleur concepteur que Rodin pour qui une porte (comme celle de l'Enfer) est une œuvre-monde. Un « intermède » donne à voir quelques pièces prises dans leur collection, masques japonais, sculptures médiévales, hindoues ou perses, plâtres d'après des kouroi grecs archaïques… L'hybridation et les métamorphoses, courantes dans la mythologie classique (centaures, minotaure), les assemblages ouvrent la voie à un érotisme puissant.
La grande originalité de l'exposition est de laisser deviner l'influence inégale des deux sculpteurs sur les jeunes générations. Brancusi, refusant la leçon de Rodin, déclarait que rien ne pousse à l'ombre des grands arbres. La relation est subtile entre Bourdelle, Brancusi, Chana Orloff, Giacometti, Germaine Richier, Matisse. L'homme qui marche et son cortège, en fin d'exposition, apportent une démonstration éclatante.
« Rodin Bourdelle. Corps à corps », jusqu'au 19 octobre, musée Ingres-Bourdelle, 19, rue de l'Hôtel-de-Ville, Montauban, Tarn-et-Garonne