ÉDITIONS MIDI-PYRÉNÉENNES MIDI-PYRÉNÉES PATRIMOINE

Du 24 novembre 2017 au 25 mars 2018

Le rituel grec dans tous les sens

musée Saint-Raymond, Toulouse, Haute-Garonne |  

Hydrie ionienne dite « hydrie Ricci », Italie, Étrurie, Caere (Cerveteri),
nécropole de la Banditaccia.
© Photographie Mauro Benedetti, Musée national étrusque de la villa Giulia

Avant de se spécialiser, opportunément, au tournant du troisième millénaire, dans la présentation du passé archéologique de Toulouse, le musée Saint-Raymond recélait la plus belle collection de vases grecs de France après celle du Louvre : fruit des voyages de collectionneurs du XIXe siècle en Étrurie et de ce qu'on ne nommait pas encore le pillage de tombes. La Ville de Toulouse a ainsi acheté au XIXe  siècle la collection Clarac (conservateur au Louvre). Ces vases sont toujours à Toulouse, mais dans les réserves, d'où certaines pièces sortent à l'occasion. Ce fut le cas l'an dernier avec le très pédagogique « Vase qui parle ».

C'est le cas en ce moment, au profit d'une exposition qui prouve que small is interesting, quand un petit nombre d'objets, de sons et de matériaux très choisis bénéficie d'une mise en scène qui accroche, retient et éduque le passant. Se côtoient dans les vitrines et dispositifs divers des vases de Saint-Raymond, mais aussi du Louvre, partenaire de l'opération, et même, pour l'exceptionnelle « hydrie Ricci », du très officiel, colossal et ordinairement peu prêteur Musée étrusque de la villa Giulia à Rome. Les images du sacrifice qui courent sur l'épaule de ce vase, et qu'on lit comme en « ombres étrusques » sur une frise grand format le long du mur voisin, laissent un souvenir fort.

Le parti choisi est double : illustrer par le découpage en séquences la nature ritualiste de la civilisation grecque archaïque et classique (VIIe-IVe siècle av. J.-C.), donner à percevoir le caractère « polysensoriel » de ces rituels par la mise en valeur de l'appel aux cinq sens adressé aux participants au fil des cérémonies, comme aujourd'hui aux visiteurs au long de leur parcours. Dans les étapes de la circulation (tour à tour le mariage, le sacrifice, le symposion ou « boire-ensemble » d'après banquet, les gestes funéraires), il manque paradoxalement la naissance… On peut sans doute regretter que le premier aspect, temporel, soit un peu oblitéré par le second, sensoriel. Il est vrai qu'il est moins difficile, dans un tel cadre, de faire voir, entendre, sentir, goûter, toucher les réalités des rites à travers les objets (l'exemple par excellence étant le safran) que d'en faire percevoir le déroulement dans le temps. Cette scansion des rites est pourtant essentielle ; elle l'était pour les Grecs anciens, non moins concrète et charnelle que l'éveil des « sens ». En un mot, la « polysensorialité » actuellement de mode doit être resituée, pour prendre sa pleine signification, dans un ou des ensembles plus vastes, ce dont cette exposition, au total, donne une idée remarquable. (Article publié dans Le Patrimoine, n° 51.)

« Rituels grecs, une expérience sensible », jusqu'au 25 mars, musée Saint-Raymond, 1 place Saint-Sernin, Toulouse, Haute-Garonne.